Dossier

Développer les usages du bois, oui, mais de façon raisonnée

Il est nécessaire de trouver le point d’équilibre permettant à la fois de préserver la qualité des écosystèmes et de développer les usages du bois. Sans quoi nous n’atteindrons pas les objectifs de transition écologique.


Dans le cadre de son étude « Transition(s) 2050 », publiée l’an dernier, l’ADEME a exploré quatre scénarios qui pourraient conduire à la neutralité carbone en 2050. Aucun ne peut se passer de l’exploitation du bois dans les secteurs de la construction, des matériaux ou de l’énergie. « Nous n’atteindrons pas l’objectif en nous appuyant seulement sur le rôle de puits de carbone des forêts, assure Jérôme Mousset, directeur Bio­économie et énergies renouvelables à l’ADEME. Leur capacité à stocker le CO2 est essentielle, c’est une des raisons pour lesquelles nous devons les préserver voire les développer. Mais, pour remplir ses engagements climatiques, la France doit aussi diviser par six ses émissions de gaz à effet de serre et renoncer à l’utilisation des énergies fossiles. Cela implique une forte décarbonation de ses activités économiques. Or le bois est une solution renouvelable pour se substituer à certains matériaux émetteurs de gaz à effet de serre, ou aux énergies fossiles. » À condition, bien sûr, que ce bois provienne de forêts gérées durablement, et que la hausse des prélèvements soit maîtrisée.

Intervenir sur toute la chaîne

Comment développer les usages du bois tout en gérant durablement la forêt ? C’était l’objet des Assises de la forêt et du bois organisées par l’État durant l’hiver 2021-2022. Tous les acteurs concernés y étaient conviés pour dessiner une vision désirable et partagée des forêts, capable de concilier ses différentes fonctions (lire p. 9). Sur cette base, plusieurs mesures ont été prises par l’État, notamment celle de renforcer le dispositif « Renouvellement forestier », désormais géré par l’ADEME. 150 millions d’euros y seront consacrés en 2023-2024. Il s’agit d’aider les propriétaires à renforcer la résilience des forêts avec des opérations de replantation ou de régénération ciblées, sur des massifs sinistrés, malades ou dépérissants. L’objectif est notamment de favoriser une diversification des essences et une préservation des espaces riches en biodiversité, pour limiter leur vulnérabilité au changement climatique.
Le gouvernement a par ailleurs débloqué 400 millions d’euros en faveur de la structuration et de la modernisation de la filière forêt-bois. Il l’a annoncé début 2022 dans le prolongement de sa stratégie d’investissement France 2030 pour soutenir la compétitivité de l’industrie française. « L’agence avait en charge un dispositif pour développer l’usage du bois pour la construction (via les Investissements d’Avenir) et pour la production de chaleur à partir de biomasse (via le Fonds Chaleur). Cette nouvelle enveloppe permet de renforcer la cohérence dans nos actions sur la transition écologique, en intervenant sur toute la chaîne du bois, de sa production à son utilisation finale, en passant par les maillons intermédiaires », indique Jérôme Mousset. Ainsi, à travers l’appel à manifestation d’intérêt « Exploitation forestière et sylviculture performantes et résilientes » (AMI ESPR), l’ADEME aide les entreprises réalisant des travaux forestiers à se mécaniser et à se moderniser, à condition que les engins et équipements choisis, en plus d’être plus performants et à moindre risque d’accident pour les ouvriers, aient un impact le plus limité possible sur les sols forestiers. Les bénéficiaires, des PME, doivent par ailleurs être engagées dans des démarches de durabilité. Les appels à projets « Biomasse chaleur et industrie du bois » (BCIB) et « Industrialisation des produits et systèmes constructifs bois et biosourcés » (SCB) s’adressent, quant à eux, aux entreprises de transformation du bois, notamment aux scieries, aux fabricants de combustibles pour chaufferies bois ou aux fabricants de matériaux biosourcés innovants, tels que les poutres ou panneaux en bois lamellé-collé pour les bâtiments (voir encadré). S’ils aident ces acteurs à gagner en performance, ces dispositifs leur montrent aussi qu’ils peuvent réduire leurs factures et devenir plus autonomes sur le plan énergétique en utilisant prioritairement des coproduits de bois (sciures, écorces, etc.).

Sobriété nécessaire

« Notre priorité reste néanmoins la sobriété dans nos modes de consommation, rappelle Sarah Martin, cheffe du service Agriculture, forêts et alimentation de l’ADEME. Cette question se retrouve dans tous les scénarios, même les plus optimistes quant à la capacité des technologies à compenser une transition écologique trop tardive. C’est pourquoi nous continuons à inciter les entreprises, collectivités et particuliers – comme nous l’avons toujours fait – à réduire leurs consommations d’énergie et à n’acheter que ce dont ils ont durablement besoin. » Tout produit, même biosourcé, toute énergie, même renouvelable, a des impacts sur l’environnement. En outre, l’augmentation des prélèvements bois non contrôlée conduirait à remplacer peu à peu des écosystèmes riches et divers par des monocultures d’arbres à croissance rapide, parfois gérées de façon intensive. Cette évolution participerait à appauvrir les sols, augmentant ainsi la vulnérabilité aux aléas climatiques des forêts (maladie, sécheresse extrême…) et réduisant leur capacité à stocker durablement du carbone.

Deux appels à projets pour favoriser le développement du bois construction et autres matériaux biosourcés

L’appel à projets « Biomasse chaleur et industrie du bois » (BCIB) s’adresse aux scieries et au secteur du panneau. Il vise à augmenter les capacités de séchage afin de répondre aux exigences de qualité des marchés du bois d’œuvre (construction, ameublement, emballages, etc.) et à favoriser l’utilisation des coproduits générés par les industries du bois afin d’apporter une autonomie énergétique par la production de chaleur. L’appel à projets « Industrialisation des produits et systèmes constructifs bois » (SCB) encourage le développement de capacités supplémentaires de sciage de gros bois ou encore le développement de lignes de production de parquets ou de matériaux transformés utilisés dans la construction.